21 juin 2017

Politique de réussite éducative: le gouvernement n'a pas fini ses devoirs

Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a publié aujourd'hui sa très attendue politique sur la réussite éducative (ici, ici et ici).  Comme l'ont noté bien des observateurs, celle-ci vise des objectifs ambitieux mais présente peu de moyens pour parvenir à les atteindre. Dans deux cas, on reprend même des mesures annoncées au cours des derniers mois.

Ce qui est désolant dans cette politique est son absence de profondeur. Le gouvernement n'a pas su statuer sur les enjeux existants: formation des enseignants, création d'un institut national d'excellence en éducation, fréquentation scolaire obligatoire jusqu'à 18 ou jusqu'à l'obtention d'un premier diplôme, etc. Les problèmes en éducation sont connus depuis des années: il est anormal qu'on soit encore en train d'attendre des solutions concrètes.

Le ministre Proulx, qui est en poste depuis février 2016, a tenu des consultations sur la situation de l'éducation, mais semble n'en avoir rien retenu pour s'attaquer immédiatement aux problèmes actuels. Sinon, pourquoi mettre de l'avant trois chantiers et deux tables de concertation? Se peut-il que ces consultations n'aient pas été aussi fructueuses qu'il ne l'aurait souhaité? Et sur quoi travaillent les fonctionnaires du MEES pour qu'encore aujourd'hui, on doive encore consulter. Je ne doute pas de la volonté de M. Proulx de vouloir améliorer la situation de l'éducation au Québec. Mais actuellement, ni lui ni son ministère ne semblent avoir répondu aux attentes placées en eux.

Si l'on réfléchit aussi  avec un peu de recul, ce que l'on comprend est que le parti libéral du Québec a été élu avec un programme électoral qui a été carrément remanié en cours de mandat. Dans les faits, il est à se demander si l'on peut véritablement compter sur ce que les formations politiques promettent en éducation lors d'une campagne électorale. Porté au pouvoir en 2014, le PLQ nous livre aujourd'hui ce qui constituera finalement ses engagement pour une prochaine élection, élection que certains voient même en aout prochain . Et là encore nous faudra-t-il attendre voir quels moyens seront finalement mis de l'avant pour les concrétiser.

Je reviendrai sur deux points dans de futurs billets.  Ainsi, la création d'un institut national d'excellence en éducation devrait être perçue comme une gigantesque camouflet par le milieu universitaire. C'est un peu comme si on disait aux facultés d'éducation qu'elles n'ont pas la crédibilité nécessaire pour assurer la réussite des jeunes. Quant à l'idée de vouloir atteindre un taux de diplomation de 85%, il s'agit d'un objectif à la fois louable et dangereux.







11 juin 2017

Quand on néglige la recherche en éducation (ajout)

En éducation, il faut croire que n'importe qui peut être un spécialiste de la chose parce qu'il est allé à l'école. Notons qu'on peut même être ministre sans avoir d'étude ou d'expérience dans ce domaine. Par contre, jamais on n'admettrait qu'on puisse nommer un ministre de la Justice sans connaissance en droit (est-ce une obligation mais ils ont tous été avocats depuis la création de ce ministère en 1965) ou un ministre des Finances sans expérience économique. De plus, chaque gérant d'estrade peut y aller de son idée sur comment gérer nos écoles ou les apprentissages de nos jeunes. Et si le gérant est un individu connu, il y a de fortes chances qu'il ait l'oreille du ministre ou que son idée se retrouve dans les médias.

Dans le premier cas, on se souvient bien sûr des trois ténors de l'éducation qui ont obtenu 1,5 million pour leur projet de Lab-école. Ce sont eux qui ont soumis leur projet au ministre Proulx. Soyons honnête: M. Lavoie a une bonne expérience du monde l'éducation avec ses fameux cubes d'énergie. Mais qu'ont fait les deux autres de concret dans le monde scolaire? Quand Ricardo propose que les jeunes se fassent des «toasts au beurre de peanut» à l'école le matin et que M. Thibault suggère d'enlever toutes les clôtures entourant les écoles... Et à l'image de notre bon vieux MEES où la main droite ignore ce que fait la main gauche, quelqu'un sait-il dans ce ministère que ce projet aurait pu être aisément arrimé à celui qu'on met actuellement sur pied dans la région de Terrebonne avec une idée unique au Québec d'«école universitaire au primaire»?

Dans le deuxième cas, on retrouve la semaine dernière Mitch Garber, un homme d'affaires, qui propose une bourse de 1000$ pour encourager les jeunes à finir leurs études secondaires. Il a eu droit à l'oreille du ministre mais aussi à une importante couverture médiatique: «M. Garber a déjà glissé un mot de son idée au ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx. Il a l'intention de le rencontrer d'ici la fin de l'année pour en discuter plus à fond.» L'idée, qui a finalement été rejetée par toutes les formations politiques à Québec, a été reprise des dizaines de fois dans les médias mais un seul article s'est donné la peine de vérifier la validité de cette proposition. 

Et voici ce que nous apprend la journaliste Silvia Galipeau: «L'idée, rejetée par le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx hier, est loin d'être nouvelle. L'économiste Roland Fryer, de l'Université Harvard, l'a même testée pendant 10 ans, dans des écoles publiques à Houston, New York et Chicago. Tous les scénarios ont été essayés : le chercheur a payé les parents pour les pousser à s'impliquer, les élèves pour les inciter à lire, même les enseignants pour les motiver à mieux faire réussir leurs élèves. Il a distribué les bourses. Il a versé des millions de dollars en incitatifs de tous genres. Résultat ? « L'impact des incitatifs financiers sur la réussite scolaire est nul dans chaque ville », cite la revue The Atlantic, dans un article sur la réussite scolaire publié l'an dernier.»

Ni le ministre, ni les commentateurs de l'actualité, ni les journalistes sauf une n'ont eu le réflexe de se demander ce que disait la recherche. En éducation, il faut croire que n'importe qui peut être un spécialiste de la chose parce qu'il est allé à l'école...

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Et La Presse qui publie l'avis de tout et chacun aujourd'hui... On dirait que l'éducation en est rendue au niveau des lignes ouvertes sportives.







31 mai 2017

Un autre mythe pédagogique: la note de passage plus sévère au Québec (ajout)

Il existe plusieurs mythes pédagogiques qui ne cessent de s'épanouir au Québec. Qu'on pense à celui à l'effet que 70% des emplois que les jeunes entrant à l'école occuperont plus tard n'existent pas encore. À ce propos, la très sérieuse BBC a récemment démontré tout le vide existant derrière cette légende servant les propos de certains idéologues en éducation. 

Un autre mythe pédagogique à la mode voudrait qu'on serait plus exigeant au Québec qu'en Ontario parce que la note de passage y est de 60% ici et non de 50% comme chez nos voisins outre Outaouais. Ce mythe, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, l'a repris cette semaine lors d'une entrevue à Annie Desrochers sur les ondes de Radio-Canada.

Or, un tel argument n'a malheureusement aucune valeur. En effet, un seuil de réussite élevé ne signifie pas automatiquement qu'on soit plus exigeant envers les élèves. N'importe quel enseignant peut vous expliquer qu'il est facile de créer un examen qui sera réussi (à 60%) par à peine la moitié de ses élèves une semaine et un autre portant sur la même matière qui sera réussi par à peu près tous la semaine suivante.


Un pourcentage de réussite indique la proportion des élèves ayant répondu à certaines attentes en ce qui a trait à une évaluation, mais ne garantit en rien que cette évaluation soit exigeante. Par conséquent, une note de passage n'est qu'une note et n'a de signification réelle que quand on regarde les exigences auxquelles les élèves sont confrontés. Ainsi, si la note de passage n'est que de 50% en Ontario, mais que les examens y sont beaucoup plus difficiles que ceux au Québec, la comparaison en apparence favorable à la Belle province n'a plus aucune valeur.

Lorsque, pour des raisons politiques dans les années 1980, on a voulu montrer qu'on était plus exigeant dans nos écoles québécoises, on a décidé de hausser le seuil de réussite de 50 à 60%, il a fallu seulement un an pour que tout le monde de l'éducation s'ajuste à celui-ci. Les élèves sont-ils alors devenus soudainement meilleurs? Si oui, qu'attend-on aujourd'hui pour le hausser à 70 ou même à 80%? Dans les faits, on comprend bien que ce sont les exigences qui ont été revues à la baisse et que ce seuil est bien relatif.

29 mai 2017

Les emplois du futur - la suite

Si ce n'était pas consternant, j'en rirais. Mais voilà: depuis des années, des «autorités» en éducation véhiculent un mythe sans aucun fondement, à savoir que 50, 60, 65 et même 70% des emplois que feront les jeunes à leur entrée à l'école actuellement ne sont pas encore inventés.

Certaines le font par ignorance. D'autres, lorsqu'on leur demande de nous prouver la véracité de leur affirmation, se réfugient dans l'argument qu'il s'agit d'un constat «généralement admis» ou que le pourcentage en soi n'a aucune importance.

À l'instar du Prof masqué, la BBC s'est penchée sur cette question récemment et en est arrivée à des constats somme toute similaires: on est dans la pure fabulation. Cela étant, certains individus devraient avoir l'honnêteté intellectuelle de ne plus véhiculer une telle affirmation erronée. Après tout, jamais on n'accepterait qu'un élève fasse de même dans le cadre d'un travail scolaire.

Oui, dire qu'«il faut préparer les jeunes aux emplois de demain», c'est moins vendeur que de déclarer que «65% des métiers que pratiqueront les écoliers d'aujourd'hui n'existent pas encore selon des études françaises et américaines.»  À mon avis, préparer les jeunes aux emplois de demain comprend aussi incarner la rigueur qu'on souhaite qu'ils développent.

18 mai 2017

Exposés oraux: abolir? Non mieux encadrer!

Cette semaine, une maman enseignante au préscolaire de Repentigny a pris la parole publiquement pour dénoncer l'anxiété que vit son enfant du primaire durant les exposés oraux à son école privée. Elle a écrit au ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, pour exiger l'abolition complète de ce genre de pratique au nom de la santé des enfants.

Je ne débattrai pas ici de la valeur des arguments invoqués par cette mère enseignante. Ça serait trop plaisant... Une chose cependant: la réalité des exposés oraux dans les écoles ne consiste pas nécessairement à devenir un piquet récitant un texte appris par coeur. Il est consternant de voir des gens généraliser ainsi une situation qui n'est pas toujours le reflet de la réalité. Je parlerai donc de ce que je vis avec mes élèves dans mes classes, des pratiques qui rejoignent souvent celles de mes collègues.

Enseigner et être un modèle

Tout d'abord, je prends le temps d'expliquer à mes élèves que je n'ai pas oublié mes exposés oraux du secondaire. De façon à leur montrer une empathie certaine, je raconte qu'à l'époque, j'allais pisser avant l'exposé, après l'exposé et que mon défi était surtout de ne pas pisser pendant l'exposé... Je leur explique qu'il existe également des techniques et des façons de faire pour diminuer l'anxiété.

La première est d'éviter le déni ou la procrastination. Il est évident qu'un élève vivra du stress s'il ne s'est pas bien préparé. N'importe qui en vivrait d'ailleurs. Pour ma part, la préparation consiste notamment en la création d'un support visuel (PowerPoint  ou KeyNote). Celui-ci est obligatoire. L'utilisation de fiches ou de cartons à l'avant est interdite. Il est frustrant pour les membres d'un auditoire d'écouter quelqu'un qui lit des fiches et qui ne les regarde pas. Je leur enseigne alors en quoi consiste une bonne diapositive (une diapo = un thème/une illustration/quelques mots clés/un contraste efficace entre les différents couleurs/un lettrage lisible). Je leur parle alors des tics, des mouvements des mains et des jambes, de l'intonation, du débit... Je mime généralement le tout et certains élèves partent à rire tellement ils se reconnaissent. Le tout se fait dans une atmosphère décontractée.

Puis, arrive le moment traumatisant: celui où je leur annonce qu'ils devront regarder l'auditoire, établir un véritable contact visuel avec eux. Certains paniquent alors vraiment. Je leur demande de penser aux profs qu'ils trouvent efficaces à l'avant. Que font-ils? Comment se placent-ils? Et ils remarquent inévitablement qu'un bon prof est entre autres celui qui les regarde. Communiquer présuppose établir un lien commun, ici par le regard.

Un autre élément important est que je leur indique que je ne veux pas d'un exposé appris par coeur. C'est malfaisant et peu naturel. Avec le support visuel dont ils se dotent,  les élèves peuvent aisément nous «raconter» ce dont ils doivent parler. Ils se pratiquent à la maison en improvisant plutôt qu'en s'en tenant un «texte» suivi et seul le sujet amené demande peut-être une certaine mémorisation. Pour le reste, si l'élève connait son sujet, qu'il nous en jase!  Je préfère un contact authentique et imparfait à un robot. D'ailleurs, le droit à l'erreur existe. Si un élève se trompe, il n'a qu'à se reprendre le plus rapidement possible et je n'ai rien entendu. Un exemple simple: «Il a botché...euh...  négligé son travail»

Enfin, je fais un exposé devant eux exactement comme je le leur demande devant leurs confrères de classe. Par la suite, on analyse et critique ma «performance». Il ne faut pas avoir trop d'orgueil...

Finalement, on passe à l'étape de la préparation. L'enseignant que je suis se montre disponible, à l'écoute. Je les accompagne dans les diverses étapes da la réalisation de leur support visuel. Je souligne leurs bons coups et les éléments à corriger sans en faire un drame. Il faut les mettre en confiance.

Des accommodements raisonnables

Rendu au secondaire, on souhaiterait que l'élève ait gagné suffisamment en confiance pour faire un exposé oral seul devant la classe. Ce n'est malheureusement pas toujours le cas pour diverses raisons. Il existe différentes façons alors d'aider un jeune. L'enseignant doit se servir de son jugement et éviter de se faire abuser.  Parfois, certains élèves tentent de se soustraire à cette évaluation sans motif valable. S'ils ont une attestation médicale, un suivi psychologique, il faut s'y conformer. Sinon, il est possible d'explorer différents accommodements. Parmi ceux-ci:

  • on peut laisser l'élève choisir le moment où il passera devant la classe (au début, à la fin de la période..);
  • on peut offrir à l'élève de se pratiquer devant l'enseignant;
  • on peut offrir à l'élève de passer devant un plus petit groupe choisi à l'heure du diner..
Bien sûr, il existe d'autres façons d'évaluer la compétence en communication orale que par un exposé individuel: exposé en équipe ou en duo, courts exposés, cercles de lecture, tables de discussion, etc. Dans les deux derniers cas, je dois avouer que je ne me sens pas à l'aise de procéder de la sorte.

Des éléments importants

En première secondaire, une clé importante quant à moi est de proposer aux élèves des sujets qu'ils connaissent ou qui les rejoignent: une passion, un grand moment de sa vie, etc. Généralement, en début d'année, je débute par un court exposé individuel ou en équipe (une minute) sur un sujet simple pour identifier mes «nerveux». C'est avec eux que je travaillerai davantage.

Une autre clé est le comportement de l'enseignant. Lors des exposés, avec mes élèves «nerveux», j'adopte une écoute très attentive et bienveillante. Je veille à contrôler mon attitude non-verbale afin qu'elle encourage le jeune. Après l'exposé, je souligne toujours les forces de l'élève. Oui, on peut indiquer certains bouts qui retroussent, mais un jeune est rarement mauvais s'il a été bien accompagné par son enseignant.

Finalement, un dernier élément important pour moi est de m'assurer que l'exposé se fera dans une atmosphère conviviale. Comme je leur dis: «Vous êtes tous dans le même bateau. Votre rôle, comme public, est de soutenir l'autre par votre attitude, votre regard.» Il n'y a rien de pire pour un jeune de penser que son exposé pourrait susciter des rires ou des quolibets. Il est important que l'atmosphère du groupe ne soit pas un facteur anxiogène. 

En passant, comparativement à la situation décrite par cette mère et qui se déroule dans une école privée, la mienne se déroule dans une école publique. Oui, oui: celle qui n'est pas novatrice et qui se fait tirer par la haut... :) Dans les faits, chaque enseignant est capable de favoriser des pratiques gagnantes pour ses élèves. Ce sont les miennes. J'y crois. Peut-être ai-je tort d'agir ainsi, mais l'important est que je crois permettre aux jeunes de s'améliorer, d'avoir plus confiance en eux et de développer des bases pour les prochaines années. Ça me semble essentiel.



13 mai 2017

École publique et privée: les vaines comparaisons



Lorsqu'on lit le texte intitulé L'école privée, un remède contre un nivellement vers le bas en éducation écrit par Marc-André Girard, directeur du secondaire au collège privé Beaubois, on se demande  pourquoi ceux qui valorisent l'école privée se sentent souvent obligés de le faire en employant une argumentation douteuse et en affichant une attitude quasi méprisante à l'égard de l'école publique.

S'il y a un débat en éducation qui ne se démode pas, c’est bien celui de la prétendue dualité opposant les secteurs privés et publics. Habituellement, celui-ci occupe l’espace médiatique à l’automne ; il aura fallu que Gabriel Nadeau-Dubois, lui-même un ancien élève de l’école privée, relance le débat en plein printemps pour que l’opinion publique s’enflamme une fois de plus. Résultat : on répète ad nauseam les mêmes arguments année après année. En effet, il s’agit de l’un des rares dossiers d’actualité qui est récurrent et dont on n’apprend rien de plus d’une année à une autre. Bref, on débat pour débattre.


M. Girard ne semble pas comprendre que, si on questionne encore la place qu'occupe l"école privée au Québec, ce n'est pas qu'on débatte pour débattre, mais bien que les choses en restent inévitablement au stade d'un insatisfaisant statut quo. Et si Gabriel Nadeau-Dubois, lui-même issu de l'école privée, nous y a replongés, c'est manifestement le signe que quelque chose cloche dans cet aspect du système scolaire québécois.


Cela dit, au-delà des perpétuelles questions financières, sociales, culturelles, éthiques et politiques, comment voir la présence des écoles privées québécoises différemment ?


Dans son analyse, M. Girard prend bien soin d'éluder volontairement les aspects financier, social, culturel, éthique et politique de ce débat. Il met de côté une bonne partie des arguments de ceux qui remettent en question l'école privée pour ne conserver que ceux qui l'arrangent, soit les aspects administratif et pédagogique.

Une école privée subventionnée en est une qui est autonome. Bien évidemment, elle ne l’est pas complètement sur le plan financier, mais elle l’est sur le plan décisionnel. Ces décisions y sont prises localement, bien souvent après consultation des acteurs qui y gravitent : membres du personnel, parents, élèves, conseil d’administration, etc. Une fois prises, ces dernières sont implantées immédiatement, puisqu’il n’existe pratiquement aucune structure bureaucratique ralentissant les initiatives du milieu. L’école privée a les moyens de mettre en oeuvre les idées qui sont générées par sa communauté, et ce, autant sur le plan humain qu’organisationnel.

Il est donc plus simple de mobiliser les acteurs, puisque tous prennent part aux initiatives locales. La rétroaction à la suite de la mise en place ne tarde pas et cette information importante n’est pas noyée dans une mer d’intervenants oeuvrant sur divers paliers décisionnels.

L’école privée subventionnée implique donc une meilleure accessibilité aux instances ainsi qu’au personnel qui encadre les élèves.


Tout d'abord, un des avantages de l'école privée est, selon M. Girard, qu'elle est autonome. Mais «pas complètement» sur le plan financier, prend-il la peine d'ajouter. Quel doux euphémisme quand on parle d'un financement public allant de 60 à 75% selon les études! Ensuite, il oublie de souligner que les écoles privées bénéficient d'une plus grande autonomie parce qu'elles ne sont pas obligées de respecter les mêmes contraintes que les écoles publiques: la loi sur l'instruction publique, les limites quant aux frais exigés aux parents, l'obligation d'accueillir tous les jeunes, peu importe leurs caractéristiques (EHDAA, décrocheurs, etc.) et j'en passe. Ce qui est remarquable et que ne constate pas l'auteur de ce texte, c'est plutôt que l'école publique,dans certains cas, fasse aussi bien que l'école privée avec beaucoup plus de contraintes et beaucoup moins de moyens.  


L'obligation d'innover 

Bien souvent, l’école privée subventionnée permet des percées novatrices en éducation. Cela va de soi : elle vend des services éducatifs à une clientèle qui choisit de s’affranchir d’un service similaire offert gratuitement. Cette école doit se remettre constamment en question et justifier son existence. Elle se doit d’innover. C’est une question de survie.

Quand on y pense, cela rompt avec le modèle où la clientèle scolaire (ce terme en fait sursauter plus d’un qui y collent automatiquement une connotation mercantile ou néolibérale) doit consommer des services éducatifs de façon obligatoire, jusqu’à 16 ans. Trop longtemps, le milieu scolaire a été l’un de ces très rares marchés qui pouvaient peu se soucier des attentes de sa clientèle pour subsister. Entièrement subventionné par le gouvernement, et ce, peu importe le rendement de l’école, de la commission scolaire ou du personnel en place, l’élève a fini par être tenu pour acquis, lui qui doit obligatoirement être présent en classe. En somme, la clientèle est contrainte à consommer des services scolaires prédéterminés.


M. Girard explique également que l'école privée a l'obligation d'innover pour satisfaire sa clientèle. Il n'y a qu'un pas à faire pour déduire que l'école publique, elle, peut à toute fin pratique stagner et se complaire dans la médiocrité. Et pourtant: parlons-en du fameux «struggle for life» de l'entreprise privée néo-libérale en éducation. Combien d'écoles privées ai-je connues bien assises sur leur réputation et dont le conservatisme était presque une marque de commerce?  Dans les faits, c'est avec la venue des programmes particuliers dans le réseau public que plusieurs écoles privées ont commencé à se décoincer. Auparavant, il existait parfois une certaine concurrence entre divers établissements privés d'une même région, mais la venue de nouveaux joueurs au sein du réseau public a brouillé les cartes. Quand les parents ont compris qu'ils pouvaient trouver au public des programmes tout aussi intéressants et stimulants qu'au privé, certains n'ont pas hésité et les établissements privés ont dû se réajuster. 


L’école privée offre un choix, et avoir des choix, c’est une composante inéluctable d’une démocratie. Également, avoir des choix et devoir payer pour un produit déjà offert gratuitement implique que les écoles doivent faire face à des attentes élevées de la part des payeurs, et ce, autant en ce qui concerne les parents que le gouvernement.


L’école privée offre un choix, affirme M. Girard. Oui, principalement celui de la ségrégation des élèves basée sur le revenu des parents. L'école publique aussi offre des choix et elle en offre à des jeunes bien plus différents que ceux qu'on retrouve à l'école privée. Les élèves qui y sont inscrits proviennent de milieux socio-économiques bien plus variés que ceux des écoles privées. De plus, ces élèves sont bien moins homogènes: en 2011-2012, 20,1% des élèves du secteur public étaient des EHDAA comparativement à 2,6% à ceux du secteur privé. Et on ne parle pas des épreuves de sélection à l'entrée et des expulsions quand des élèves n'atteignent pas un certain degré de performance. 


L’école privée subventionnée n’a pas le choix de satisfaire les attentes. En fait, de nos jours, on s’attend à plus que simplement satisfaire les attentes d’une clientèle ; il est question de les dépasser. D’où la place centrale de l’innovation dans bon nombre de ces écoles… Il est désormais question de justifier son existence et de demeurer pertinent dans le monde scolaire.


Contrairement à ce que sous-entend M. Girard, l'école publique, elle aussi, doit satisfaire les attentes des parents. Il est faux de penser que ceux qui y inscrivent leurs enfants se désintéressent tous du parcours scolaire de leur progéniture.  Parlez-en aux directions d'école qui, chaque jour, doivent vivre avec les demandes de parents qui ne trouveraient pas satisfaction au secteur privé où les services complémentaires (psychologues, orthopédagogue, etc.) sont soit inexistants soit payants. 

L’école privée subventionnée tire le monde scolaire québécois vers le haut depuis longtemps. Le nouveau débat public entourant les subventions de ces écoles a tendance à évacuer ce fait ou encore à prétendre que c’est justement grâce au trésor public que les écoles privées subventionnées sont en mesure d’innover. Si on argumente dans cette logique, le réseau public devrait innover encore plus, non ?


Affirmer que l'école privée tire vers le haut le monde scolaire québécois est donc une généralisation erronée: des écoles publiques s'en tirent tout aussi bien, sinon mieux, que certaines écoles privées. Renchérissons en indiquant que cette affirmation de M. Girard est contredite par un récent avis du Conseil supérieur de l'éducation sur ce sujet.

Enfin, pour mieux comprendre les campagnes de dépréciation des écoles privées subventionnées, on doit en revenir au constat de base en éducation québécoise au XXIe siècle : ceux qui innovent et qui font autrement sont victimes de l’effet beige, cet immense vortex uniformisateur qui nivelle sans cesse vers le bas au nom de l’équité et de l’égalité des chances, et ce, autant pour les élèves que le personnel scolaire !


Enfin, en éducation, s'il existe bien une institution qui peut se plaindre d'être victime de campagnes de dépréciation, c'est bien l'école publique. Des textes comme ceux de M. Girard en sont un bon exemple. Bien des enseignants des écoles publiques sont aussi compétents, sinon plus, que ceux des écoles privés. Si on leur donnait les mêmes conditions que leurs confrères du privé (des élèves triés provenant de milieu socio-économique favorisé, par exemple), ils pourraient sûrement en faire autant sinon plus. Par contre, je ne parierais pas sur le contraire: combien d'enseignants choisissent d'enseigner au secteur privé justement parce qu'ils ne veulent pas à avoir à relever le défi d'enseigner à tous les types d'élèves?


Il est si facile de regarder les autres de haut quand on n'a pas les mêmes défis. Les écoles publiques, de par leurs nombreuses missions, consacrent d'importantes sommes et des efforts considérables pour scolariser des élèves qui, sinon, n'auraient nulle part où aller parce que l'école privée n'en voudrait tout simplement pas. À moins qu'ils soient payants, bien sûr...