29 août 2010

Le décrochage scolaire des garçons: la faute des enseignantes et de l'école!

Une série de textes publiés dans Le Soleil aujourd'hui (ici, ici, ici et ici) traite du rapport existant entre les garçons et l'école. Habituellement, Daphné Dion-Viens effectue un excellent travail mais, dans le cas présent, j'ai plusieurs réserves quant au traitement de ce sujet puisqu'elle accorde plus d'importance à certains aspects du problème qu'à d'autres.

Une image des garçons stéréotypée

Tout d'abord, il y a cette généralisation abusive à propos de ce qu'est un garçon. On le réduit à un primate sous-développé. Un gars, ça a besoin de bouger, de parler, de grogner, de péter...

Désolé, mais j'ai des gamins qui ne correspondent pas du tout à cette image et des filles qui en sont une copie parfaite. Le côté pervers de cette vision des choses est qu'en définissant ce qu'est un garçon (un vrai de vrai!), on défnit aussi ce qu'il n'est pas. Et s'il ne l'est pas, c'est qu'il n'est pas un garçon mais un ostie de fif.

Tu aimes l'école et tu es un garçon: tu es un fif! Tu aimes le français et tu es un garçon: tu es un fif! Tu n'aimes pas les bousculades dans la cour d'école et tu es un garçon: tu es un fif! J'ai passé mon primaire et une partie de mon secondaire à ne pas correspondre à l'image stéréotypée du gars et à me faire suer. Les choses se sont calmées le jour où l'ostie de fif a foutu une volée à son principal persécuteur et à deux de ses acolytes. C'est con, mais c'est comme ça.

Mesdames les enseignantes, vous ne comprenez pas les garçons

Quand on affirme qu'il n'y a pas assez de profs masculins dans les écoles, on remet indirectement en question le rôle que les femmes y jouent puisqu'on suggère fortement que plus d'hommes dans nos classes assurerait une meilleure réussite des garçons. Or, cette hypothèse n'a été démontrée d'aucune façon. «C'est absolument farfelu. Il n'y a aucune étude qui démontre ce lien. La Grande-Bretagne a déjà offert des primes salariales aux hommes qui allaient étudier en enseignement, mais une étude a montré que les résultats n'étaient pas là», affirme Jean-Claude Saint-Amant, professeur retraité de l'Université Laval qui s'est intéressé à cette question.

Sachez aussi, mesdames, que vous n'aimez pas les petits garçons: trop dérangeants, trop turbulents, pas assez dociles. Et puis, vous ne tenez pas compte de ceux-ci dans vos classes et dans vos cours. Vous leur faites lire des livres de filles et ne leur donnez pas l'occasion de vivre des activités que leur sont destinées. Bref, vous n'êtes pas professionnelles!

D'ailleurs, Égide Royer, professeur à l'Université Laval, n'y va pas avec le dos de la main morte quand il affirme que les bibliothèques scolaires sont remplies de livres et de magazines destinées davantage aux filles. Il n'est sûrement pas venu visiter celle de mon école. Depuis des années, en lecture, on est devenu des obsédés. Le premier critère pour choisir un livre est devenu: «Ça va-tu intéresser les gars?» En classe, au diable, la qualité de l'écriture et si on fait suer 20 filles dans un groupe de 27 élèves! Il faut penser à nos petits gars qui font donc pitié...

Dans la même veine, c'est rigolo de constater que, dans la même bibliothèque, plusieurs filles lisent des revues de science tandis que les garçons, eux, dans des magazines, trippent sur la couleur des chars. Devinez qui s'inscrira un jour en ingénierie?

La faute de l'école, toujours de l'école

Dans ce genre de série de textes, ça prend toujours un témoignage, question de développer l'aspect «intérêt humain». On ne lit jamais de témoignage de garçons qui aiment l'école et qui y fonctionnent bien. Il faut lire celui de Pierre-Olivier. Bouleversant.

Donc, Pierre-Olivier est un garçon que l'école n'a pas compris. Tout jeune, il exerce de l'intimidation dans la cour de récréation et dérangeait les autres élèves: «Peut-être que j'avais besoin d'attention. Devant nos amis, on veut toujours avoir l'air hot quand on est jeune.» La journaliste le qualifie de «petit tannant» dans le titre de son article. Que c'est sympathique! Mais si je suis le parent d'un élève qu'il a molesté, des termes comme baveux ou p'tit criss, est-ce que ça peut aussi convenir?

Finalement, Pierre-Olivier décroche en quatrième secondaire: «L'école est peut-être plus adaptée aux filles. Les gars ont besoin de bouger plus, c'est dur de rester assis à écouter en classe.» Voilà l'avis de ce spécialiste en éducation qui reprend des lieux communs sans aller plus loin. Des précisions? Des exemples? Des solutions? Non, non: répétons le discours déculpabilisant et facile.

D'ailleurs, il est remarquable de constater comment Pierre-Olivier attendait qu'on le prenne en main, que ce soit l'école qui fasse le travail à sa place: «À l'école, c'était pas mal du laisser-aller. Il n'y avait pas vraiment de conséquences quand je manquais des cours. C'est peut-être un coup de pied au derrière que ça m'aurait pris. Mais c'est sûr que la décision finale, c'est moi qui l'ai prise. Je ne sais pas comment, mais il aurait fallu que je trouve un moyen pour me motiver davantage.»

Honnêtement, ce jeune est un exemple parmi tant d'autres de garçons qui manquent de maturité. Et ça, ça ne s'enseigne pas. Ça s'acquiert avec le temps comme il le prouve si bien dans son témoignage: «Peut-être que j'avais aussi besoin de vivre quelque chose d'autre. Au niveau du travail (trois ans chez Burger King), ça m'a permis de savoir c'était quoi, gagner de l'argent et dépenser. J'ai gagné de la maturité aussi. Aujourd'hui, je suis conscient que l'école, c'est important si tu veux faire quelque chose dans la vie.» Des stages chez Burger King, voilà la solution! Et, en plus, ça finit par écoeurer son homme de la malbouffe...

Un gars, ce n'est pas une fille

Scientifiquement, il est admis que la maturation cognitive et et le développement du cerveau sont généralement plus lents chez les garçons que les filles. Cela explique pourquoi ces dernières se débrouillent mieux en ce qui a trait au langage. Plus encore, on retrouve plus de garçons et d'hommes souffrant de désordres tels la dyslexie, l'hyperactivité, etc.

Égide Royer dénonce l'éducation au Québec en indiquant que, dans certains pays, l'écart entre les garçons et les filles est beaucoup plus faible: le Japon et la Suisse, par exemple. D'accord, mais a-t-on étudié pourquoi? S'agit de raisons pédagogiques, sociales ou culturelles?

Tiens, lançons des hypothèses. Y a-t-il une plus forte présence masculine à la maison dans ces pays parce qu'on y retrouverait moins de divorces? L'éducation familiale et scolaire des garçons est-elle la même? Existe-t-il dans ces pays des activités ou des lieux extérieurs à l'école où les garçons peuvent s'éclater? Vit-on dans ces endroits le syndrome du petit garçon roi comme c'est le cas au Québec?

Dans notre Belle Province, une des plus grandes révolutions scolaires a eu lieu quand on a convaincu les filles de s'intéresser à des métiers non traditionnels. On a mis de l'avant quelques campagnes de publicité. On a fait une place dans les écoles spécialisées à celles-ci. Mais a-t-on chamboulé tout le système pour autant? Non. A-t-on peint les bulldozers en rose pour qu'ils soient plus féminins?

La maturité, ça ne se commande pas, dirait Brassens. Et je ne suis pas convaincu qu'en transformant nos écoles, on changera les choses. Tout cela reste à prouver. Quant à moi, on ferait surtout suer ceux qui y fonctionnent déjà bien.

La création de programmes particuliers en sport ou en multimédia, par exemple, peut être une excellente façon d'offrir des alternatives à certains gamins sans tout remettre en question. On le constate dans une école de ma région avec un programme en football.

Mais ici aussi, les garçons doivent avoir des objectifs, des buts dans la vie, fournir des efforts. Bref, faire autre chose que de passer leurs soirées au sous-sol à manger des chips et jouer au Nintendo comme le font certains de nos pauvres petits décrocheurs... Parce qu'une partie de la problématique est là, à mon avis. Pas dans une culture féminine qui ostracise une culture masculine à l'école. Mais dans une culture de l'effort qui n'admet pas celle de la paresse et de l'irresponsabilité.

Plusieurs de mes jeunes garçons qui écrivent correctement font l'effort de bien écrire et de se corriger. Ils ne sont pas tous des génies et des bollés, mais ils ont du coeur au ventre dans tout ce qu'ils entreprennent, en français comme dans les sports. Les autres, vous l'avez deviné, paressent et finissent par être victimes de leur manque d'effort.

12 commentaires:

Isabelle a dit…

Merci, merci pour ton billet qui "lit entre les lignes".

Un peu plus et j'allais remettre ma démission demain car je suis une femme, enseignante, au secondaire... je ne me sentais plus à ma place ! (petit sourire sarcastique...)

En mathématiques, mon collègue a débuté il y a quelques années un petit tableau tout ordinaire, le "tableau des maîtres". Il met la photo de tous les élèves qui ont 95% et plus au bulletin. J'vous dis que les élèves en parlent et se battent pour y voir leur photo. Mais c'est vrai, c'est un homme : lui, il l'a, l'affaire... (encore un petit sourire sarcastique).

C'est une bonne idée qui ne coûte absolument rien sauf quatre photocopies à la commission scolaire.

Le professeur masqué a dit…

Isabelle: mais il n'est pas réforme. Il encourage l'élite et dévalorise l'élève qui travaille fort sans être une bolle...

Future Prof a dit…

Amen.

Le Prof a dit…

Les stéréotypes ont en effet un grand rôle à jouer dans ce problème. L'enseignement et l'éducation, c'est pour les "fifs" (et les pédophiles, dans le cas des enseignants...)

Les stéréotypes sont aussi présents du côté féminin: on laisse entendre que les enseignantes sont toutes pareilles et fonctionnent toutes de la même façon. Or, il se pourrait bien que certains garçons préfèrent les façons de faire d'une enseignante et détestent l'approche d'un enseignant. À mon avis, la personnalité compte plus que le sexe.

Au sujet de la lecture, ça me rappelle les propos de mon ancienne bibliothécaire qui trouvait désormais difficile d'effectuer des achats de livres "pour les filles"...

En dernier lieu, je me permets de lancer une question: est-ce que le sujet reviendrait aussi souvent dans les médias si l'enseignement était une profession traditionnellement masculine, comme en France?

Lud. a dit…

Du point de vue de quelqu'un qui a connu un autre système scolaire, je dirais qu'au Qc, il n'y en a pas tant que ça des exemples de vie misérable lorsqu'on n'a pas d'éducation. C'est peut-être ça qui laisse le champ libre au décrochage?

C'est vrai qu'il y a la question de la maturité... mais je pense qu'avant tout, les garçons (et les élèves en général de quel sexe qu'ils soient) doivent voire en l'éducation le moyen d'obtenir de meilleures chances quant à leur avenir professionnel. D'où je viens, l'école (et l'éducation at large), est une porte de sortie: c'est l'avenue de la réussite. Quand la perspective est celle-là, tu peux être certain que ça niaise pas mal moins dans les classes, et que ça fait pas mal plus d'efforts!

Malheureusement, ici, la difficulté est toujours récompensée. Certains profs ont peur de faire des tableaux de méritants parce que ce n'est pas réforme! L'élitisme est mal vu, encourager la compétition, c'est rabaisser les autres élèves. La culture de la réussite est simplement à mettre de côté! Dans le même sens, l'État va jusqu'à payer les élèves (une fois adultes) pour qu'ils terminent leur secondaire et complètent une formation. Il y a toujours le filet social qui est la pour soutenir ceux qui «ne passent pas au travers»... Faut croire qu'il y a un problème de société (un culture de la médiocrité?). Ailleurs, où le décrochage n'est pas une solution viable, les élèves ne pensent pas trop à décrocher, puisque ça serait comme se tirer dans le pied, fermer les portes de leur propre avenir et, avec, la possibilité de faire de l'argent et construire un meilleur avenir pour eux et leur famille. Alors ils mettent de bouchées doubles. Bien sûr, ce que je dis n'est pas coulé dans le béton, ni tiré de statistiques... c'est simplement ma vision des deux systèmes que j'ai connus. Mais je suppose qu'il doit y avoir des pistes là-dedans... ça ne doit pas être totalement fou.

Rouge a dit…

J'aime ton texte, mais tu le savais déjà... J'ajouterais ceci : J'insiste sur le fait qu'au Québec, l'inspecteur des écoles déplorait déjà que les filles soient meilleures que les garçons au début du siècle. Soeur Léandre de Séville, en 1938, remarquait qu'à formation égale, les filles parlent mieux que les garçons. En ce qui a trait au développement du langage chez les jeunes enfants, les filles sont plus précoces que les garçons (ref : lecerveau.mcgill.ca).

Mais si l'on s'extrait du cadre scolaire, que remarque-t-on ? Les femmes sont encore moins bien payées. Les femmes sont les plus souvent monoparentales avec les gamins temps plein. Les femmes n'ont pas encore la parité en ce qui concerne les postes clés dans certains milieux comme la politique, les directions d'entreprise....

Il y a sûrement quelque chose que je n'ai pas compris.

Anonyme a dit…

Billet très intéressant et bien écrit!
L'an dernier, les trois élèves avec lesquels j'ai eu le plus de difficulté, tant au niveau du comportement que de celui de l'effort, étaient deux filles et un garçon... Voilà! C'est contre les statistiques, non? On parle rarement de ces filles qui abandonnent.
Je pense également que ce problème n'est pas exclusivement pédagogique. C'est beaucoup trop facile de rejeter encore la faute sur l'école. Il faut le retourner sous tous ses angles, ce problème, et arrêter de jouer à l'autruche. Mon conjoint a laissé l'école après sa première session de cégep. Il réussissait bien au secondaire sans mettre trop d'effort parce qu'il était particulièrement brillant. Lorsqu'il a dû déployer le moindre effort, il a laissé tomber. Ses parents ne l'ont jamais encouragé, ils ne sont même pas allé à son bal de finissants, billets payés de sa poche, même s'il était le premier de sa famille à graduer. Ce serait de la faute de l'école s'il n'a pas poussé ses études plus loin? Voyons donc!

Le professeur masqué a dit…

Le prof: à mon avis, non.

Lud: je n'aime pas parler de misère mais on dirait qu'au Québec, on n'est pas conscient de fantastique potentiel des études et de ce qu'elles permettent. Le confort et l'indifférence à sa propre vie.

Rouge: les gars se rattrapent?

Anonyme: l'école s'inscrit dans une société. On n,arrête pas de repenser l'école sans réaliser que le problème est aussi ailleurs. Quant à moi, le problème est surtout ailleurs.

Anonyme a dit…

Ailleurs? Où? Explique.

Anonyme a dit…

Anonyme 2:
Je suis d'accord avec PM. Quant à moi le problème est aussi social et non seulement pédagogique. Plein de programmes existent au Québec pour attirer les garçons. Pas mal plus que pour les «filles», c'est-à-dire qui répondent aux besoins du stéréotype des filles. De mon point de vue et par expérience, ceux qui décrochent sont très souvent des élèves qui viennent de familles dysfonctionnelles. Ou alors, des parents qui ne sont pas présents pour leurs enfants. Selon ce Pierre-Olivier, cité dans le billet, l'école ne lui a pas suffisamment donné de conséquences, il aurait eu besoin d'un coup de pied au derrière... Et ses parents, ils étaient présents?
Selon moi, un problème ne peut être entièrement dû à seule cause. Il faut le retourner dans tous les sens. Un problème est complexe. C'est ce que je déplore lorsqu'on relance constamment la faute sur l'école.
Anonyme 1

Smarties a dit…

Bien d'accord avec votre billet, sauf sur le dernier stéréotype à la fin. Mon fils, comme plusieurs de ses amis qui ne sont pas "des sportifs" passe ses soirées au sous-sol, devant son ordi et/ou son X-Box, en mangeant des Chips et/ou des biscuits et/ou du fromage et/ou n'importe quoi d'autre! et n'a toujours pas décroché, et ne semble pas en voit de le faire non plus. Par contre, dans ses travaux scolaires, il n'a jamais ressenti le besoin d'en faire plus que ce qui est demandé. Signe de paresse, ou d'intelligence et de maturité? Enfant de la première cohorte de la réforme, il "rencontre les objectifs"...

Le professeur masqué a dit…

Maudit stéréotype...