06 mai 2018

Utiliser l'ordi lors d'un examen d'écriture

Dans le Journal de Québec, on publie aujourd'hui un article indiquant que le MEES songe à permettre aux élèves d'utiliser un ordinateur et un logiciel de correction comme Antidote lors de l'épreuve d'écriture de cinquième secondaire. Une recherche a même été effectuée auprès de 300 élèves à cet effet. Certaines des conclusions de celle-ci rejoignent ce que l'on constate déjà depuis des années sur le terrain, soit que les élèves qui ont utilisé Antidote ont effectué moins d'erreurs et que ceux qui ont utilisé l'ordinateur sans correcteur, eux, en ont fait davantage que leurs confrères munis seulement d'un crayon et d'une feuille de papier.

La principale raison expliquant le deuxième constat est assez simple: des élèves qui n'ont pas l'habitude d'utiliser l'ordinateur sont «bousculés» dans leurs repères et leurs techniques de correction. Dans bien des cas, ils voient moins leurs fautes à l'écran que sur le papier parce que leur oeil, par un phénomène bien connu, a davantage tendance à «reconstruire» correctement un mot mal orthographié quand il est écrit à l'ordinateur.

Actuellement, il faut savoir qu'il est déjà permis d'utiliser un ordinateur sans logiciel de correction pour compléter l'épreuve du MEES. La principale condition pour ce faire, par contre, est qu'on doit démontrer que l'élève est habileté à le faire, c'est-à-dire qu'il a appris à utiliser l'ordinateur pour rédiger, ce qui est une bonne idée quand on pense aux résultats de la recherche mentionnée plus haut.

Ce que l'on remarque cependant est que ceux qui sont vraiment habiletés à utiliser l'ordinateur réussissent mieux, même sans correcteur, tout simplement parce qu'ils gagnent presque 40 minutes sur un examen qui en dure 195 parce qu'ils n'ont pas à retranscrire leur brouillon au propre. Personne ne soulève cet avantage indu dont bénéficient actuellement des élèves de certaines écoles où l'on exige l'achat d'un appareil électronique ou bien où l'on fournit ce dernier.

Plusieurs difficultés empêchent présentement l'utilisation à large échelle d'un appareil électronique lors d'évaluations en français. La première est bien sûr que les élèves n'ont pas un accès fréquent à un tel appareil afin de devenir habiletés à l'utiliser.  La seconde est de s'assurer de la sécurité de la passation de l'épreuve afin d'éviter le plagiat ou la tricherie.

Sur la question de fond, à savoir si les élèves devraient utiliser ou non un logiciel de correction lors de leurs examens d'écriture, les avis sont partagés chez les enseignants. Ceux en faveur de cette idée indiquent qu'en 2018, il est temps qu'on apprenne aux élèves à utiliser un logiciel de correction en classe. Ils vont comparer cet outil à la calculatrice graphique utilisée en mathématique, par exemple. Ils souligneront aussi que ce logiciel peut favoriser l'apprentissage en indiquant à l'élève ses erreurs et comment les corriger. Ceux qui sont en défaveur se demandent plutôt si on aide vraiment l'élève à bien écrire en lui fournissant un tel outil. Ils donneront le même exemple de l'utilisation de la calculatrice qui a amené certains élèves à ne plus savoir multiplier ou diviser sans cet outil.

Selon mon expérience,  l'utilisation d'un logiciel de correction à l'école avantagera les élèves déjà bons en français. Ceux-ci jouissent effectivement d'une bonne compréhension de la grammaire française et de sa logique interne. Ils n'en deviendront que meilleurs. Pour les élèves faibles et moyens, il est fort probable que leurs résultats s'amélioreront sans qu'ils comprennent pour autant ce qu'ils feront.

Pour ma part, l'utilisation d'un correcteur ne sera pas une panacée et ne remplacera pas l'enseignant, du moins pour quelques années encore si on se base sur l 'état actuel des programmes informatiques basés sur des concepts de l'intelligence artificielle. Il existe des limites à ce qu'un logiciel peut présentement expliquer à un jeune. Pour ce qui est de l'avenir, par contre, même avec une aide électronique plus développée, l'école et ses enseignants seront toujours aussi nécessaires, mais d'une façon différente. Ils devront mieux éveiller les jeunes à la logique, la beauté et les créations reliées à cette langue qui est la nôtre.







31 mars 2018

Codes vestimentaires dans les écoles : cachez ce que je ne saurais voir

Récemment, des élèves de la région de Québec portant un carré jaune ont remis en question les règles entourant la tenue vestimentaire permise dans leurs écoles.  La relance de cet éternel débat montre bien toute l’hypocrisie et le malaise entourant la définition des genres mais aussi la sexualité de nos jeunes.  

Des codes vestimentaires genrés et s’adressant à tous les élèves

Tout d’abord, il est indiscutable que ces codes de vie sont genrés : ils définissent ainsi la tenue vestimentaire des élèves selon un genre : par exemple, un garçon porte un short; une fille, une jupe. Mais que fait-on devant les cas des élèves qui ne s’identifient pas au genre qui leur a été assigné à la naissance? On peut alors comprendre que le jeune qui vit une volonté d’affirmation de son identité de genre ne se sente pas nécessairement accueilli dans sa démarche. Chaque école, chaque commission scolaire a ses propres règles – écrites et non écrites - en la matière. L’absence de directives ministérielles claires à ce propos rend d’autant plus insécurisante toute demande de la part d’un jeune vivant cette situation.  

Il y a quelques années, on m’a rapporté le cas de garçons venus à leur école secondaire en kilt pour souligner la Saint-Patrick. On a commencé par leur souligner qu’un homme ne pouvait pas porter une jupe puisqu’il s’agissait d’un vêtement essentiellement féminin. On s’est par la suite ravisé devant cet argument qui ne tenait pas la route pour plutôt invoquer qu’il s’agissait d’une tenue excentrique. Heureusement que ces élèves ne s’appelaient pas O’Connor ou O’Brien mais plutôt Mongrain ou Chênevert car ils auraient bien embêté les autorités de mon école en invoquant leurs racines culturelles…

Un autre point qui a été soulevé récemment par ces carrés jaunes veut que ces codes soient essentiellement discriminatoires envers les filles.  Or, il serait bien plus exact d’indiquer que ces codes limitent tous les élèves, quel que soit leur genre, dans leurs choix vestimentaires. Ainsi, généralement, pour les garçons, de nombreuses règles interdisent le port de la camisole en classe (comme des maillots de basketball) ou de pantalons très bas sur les hanches. Dans les faits, c’est le choix de tous les jeunes qui est limité ici, mais il faut noter que les filles sont souvent plus visées par la mode, les pressions sociales définissant le corps féminin et l’hypersexualisation.

Un malaise quant à l’éducation et l’affirmation de nos jeunes

Bien des intervenants éprouvent un malaise quand vient le temps de déterminer les règles entourant une tenue vestimentaire acceptable dans nos écoles. On comprendra qu’il s’agit d’une situation qui soulève des points de vue moraux, éthiques, parfois même religieux. Ces intervenants sont aussi remis en question quant à leurs valeurs et à ce qui constituent souvent chez eux des préjugés. Ils vivent aussi ce qu’on peut appeler un choc générationnel.

«Pute ou prude», voilà le choix qu’on semble donner à plusieurs jeunes filles qui vivent un déchirement entre les valeurs d’appartenance à une image de la femme véhiculée dans notre société et les valeurs de certaines familles ou écoles. Si l’on était cynique, on pourrait se demander où est la différence entre ces établissements scolaires dont les règlements excluent certains vêtements et ces religieux zélés obligeant des femmes à porter une tenue «modeste»?  Dans les faits, il n’y en a aucune dans la mesure où chacun des deux considère que la jeune fille est responsable des regards pervers qu’elle attire. Pourtant, n’y aurait-il pas lieu de véritablement éduquer nos enfants à ce sujet?

On pourra souligner que le ministère de l’Éducation instaurera un programme d’éducation à la sexualité l’année prochaine dans les écoles québécoises. Mais faut-il rappeler toute la saga entourant celui-ci? Contenu flou, personnel peu formé : il est difficile de croire que cette initiative règlera quoi que ce soit à ce sujet.

Bien sûr, certains diront que l’école a pour rôle de former les jeunes au marché du travail où il existe des codes vestimentaires et que, plus tôt, ils l’apprendront, mieux ce sera. Mais c’est oublier que l’école est avant tout un milieu de vie où l’on doit former des citoyens faisant preuve d’ouverture et de réflexion.  Forme-t-on vraiment des esprits critiques en interdisant certaines tenues plutôt qu’en éduquant? A-t-on véritablement songé aux valeurs qui guident ces codes? À cet égard, la contestation des carrés jaunes est un appel à la réflexion.

L’uniforme : une fausse solution hypocrite

Souvent, afin d’éviter de se prononcer réellement par rapport à toutes ces questions, certaines écoles choisissent d’imposer un uniforme obligatoire auprès d’un fournisseur unique. Soulignons tout d’abord qu’il s’agit généralement d’une solution genrée qui nie l’identité et l‘affirmation des jeunes. Ensuite, on peut se questionner sur le fait de privilégier un seul fournisseur.

Pour aller de l’avant avec une telle mesure, on affirme également que la tenue obligatoire offre de nombreux avantages alors que c’est tout simplement faux. Ainsi, on n’aplanit aucunement les différences sociales puisque les jeunes peuvent continuer à se démarquer en portant des accessoires démontrant leur statut économique. Quant à l’idée qu’un uniforme permet d’assurer la sécurité en limitant l’entrée d’intrus dans une école, il suffit de regarder les pages Facebook de certains établissements scolaires pour constater que n’importe qui peut y acheter des tenues scolaires usagées, facilitant ainsi la circulation d’individus indésirables. Enfin, à tous ces parents qui apprécient le côté pratique d’un uniforme, pourquoi doivent-ils l’imposer à d’autres qui n’en veulent pas? Manquent-ils à ce point d’autorité qu’ils comptent sur l’école pour se substituer à eux en ce qui concerne l’éducation de leurs enfants?

Dans les faits, l’imposition d’un uniforme obligatoire dans nos écoles ne constitue pas une solution à un problème mais une autre manifestation de celui-ci. Au lieu de permettre aux jeunes d’établir leur propre identité à un moment important du développement de la personnalité d’un individu ainsi que de les amener à adopter des comportements responsables et réfléchis, on interdit au lieu d’éduquer.



S’il est difficile actuellement de déterminer un code de vestimentaire dans nos écoles, c’est tout d’abord parce que notre société de plus en plus éclatée n’arrive pas à dégager un consensus à ce sujet. Et nos écoles répondent du mieux qu’elles le peuvent, en choisissant parfois la voie de la facilité avec un uniforme obligatoire, à ce problème qui prendra encore plus d’ampleur si on n’y réfléchit pas correctement.

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Dans la catégorie «Préjugés de mononcles», cette intervention de Martin Everell, animateur à BLVD qui n'hésite pas à traiter à plus d'une reprise de «guedoune» une adolescente de 15 ans porte-parole du mouvement des carrés jaunes:

« Regarde, elle a rien qu’à s’habiller comme une guedoune après l’école (…) Une guedoune, j’appelle ça comme ça, une petite fille avec une camisole pas de brassière, avec des shorts très courtes. C’est une guidoune (…) »


12 mars 2018

Lab-École: comme une contradiction

Dans son livre «Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire», le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, affirme: «l’architecture seule n’a pas une incidence significative sur la réussite des élèves». (p. 50)

Or, dans cet article du chroniqueur François Bourque, du Soleil, on peut lire:


«Une étude britannique vient cependant de démontrer un lien entre l’environnement physique des classes et la réussite des élèves. Jusqu’à 16% de mieux en lecture, écriture et mathématiques.

Cette recherche a inspiré l’architecte Pierre Thibault, le chef Ricardo Larrivée et le promoteur de sport Pierre Lavoie pour le projet de Lab-École.»
Qui entre le ministre et les gens qu'il a choisis dit vrai? À cette ère des données probantes, pourrait-on faire preuve d'harmonie à défaut de rigueur? :)





02 mars 2018

Sébastien Proulx : Un livre et des questions


La semaine dernière, le ministre de l’Éducation du Québec, Sébastien Proulx, a lancé un livre intitulé «Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire». Il serait bien difficile de lui donner tort sur ce point puisque la maitrise d’une langue est plus qu’une compétence : elle est un espace d’épanouissement, de pensée et de liberté. Il serait également difficile de soutenir que la culture générale et la littérature, comme il l’affirme, ne sont pas nécessaires à la formation des jeunes et moins jeunes.

Non, ce sont bien d’autres points soulevés dans ce long texte de 144 pages qui m’interpellent et me questionnent.

Ambiguïté sur le statut de ce livre

La première interrogation qui vient à l’esprit à propos de cet ouvrage est bien sûr son statut : comment peut-on faire abstraction du fait que son auteur, qui veut convier le monde scolaire à un dialogue, soit aussi un ministre de l’Éducation et, qui plus est, un ministre qui sera en élection dans sept mois? M. Proulx affirme ne pas avoir voulu rédiger un plan de travail, un programme électoral ou un bilan (p. 12), mais ce texte est un peu tout cela à la fois. Comment considérer ses propos comme ceux d’un simple observateur du monde scolaire alors qu’il en est le principal décideur? S’installe un certain malaise et on ne cesse de se demander «Qui parle?» et «Que nous réserve-t-il pour l’avenir?»

Dans la même veine, et de façon plus générale, on en vient à s’interroger à savoir quelles sont les grandes orientations qui guident le parti Libéral depuis son élection il y a près de quatre ans. Celles de son programme électoral qu’il a jeté aux oubliettes? Celles d’un des prédécesseurs de M. Proulx qui affirmait qu’il n’y aurait pas un enfant qui allait mourir de ne pas avoir de nouveaux livres? Celles de la nouvelle politique de la réussite éducative que ce ministre a adoptée en juin dernier et que certains analystes ont qualifiée de décevante?

On ne le sait plus. Et pourtant, toute cette question est fondamentale si on veut assurer un développement cohérent et suivi des jeunes qui fréquentent nos écoles.

Une vision déchirée du système scolaire

Dans de nombreux passages, le ministre Proulx dépeint le système scolaire actuel de façon quasi idyllique, suggérant même d’ouvrir des écoles made in Québec à travers la planète: «Notre école est reconnue, nos méthodes sont éprouvées, nous sommes parmi les meilleurs au monde dans bien des disciplinaires scolaires, d’autres enfants ou des adultes apprenants seraient choyés de recevoir notre diplôme à l’étranger.» (p. 52)  Il souligne également que le Québec semble bien se tirer d’affaire si on se base sur les résultats des tests PISA en 2015. (pp 72-73)

Alors, pourquoi vouloir refaire tant de choses si le système scolaire québécois va si bien? Comment peut-on vouloir exporter notre expertise si on l’estime déficiente? Et surtout comment avoir oublié que les résultats des tests PISA sont, de l’avis même des auteurs de cette étude, à prendre avec «circonspection» à cause du faible taux de réponse des écoles québécoises qui ont été sollicitées pour participer à celle-ci?

Le mythe du changement

Chose certaine, le ministre Proulx est un adepte du changement. Ce mot revient régulièrement dans son ouvrage et est toujours présenté de façon positive. Par contre, on le verra plus loin, on retrouve moins, peu ou pas du tout dans son texte des termes comme «enseignement explicite», «données probantes», «efficacité» ou «rigueur».

Emporté par son élan de changement, le ministre écrit : «Il faut résister à la tentation de dire : ‘’Il faut être prudent. Je ne ferai rien de différent.’’» (p. 13)  Il affirme même que le ministère qu’il dirige ne doit pas «punir les rêveurs». (p. 58) M. Proulx utilise par ailleurs des termes durs pour décrire les gens réfractaires à la nouveauté, les qualifiant de «fatalistes» (p. 10) de «tenants du statu quo» (p. 64)  ou d’«objecteurs de changements». (p. 64)   Mais que valent ces changements s’il n’est pas démontré, recherches sérieuses à l’appui, qu’ils sont profitables pour les jeunes Québécois?

Et c’est ici qu’on relève la première contradiction majeure de cet ouvrage. Selon le ministre, les élèves sont des «matières à forger» (p. 17) mais «Pas à partir d’idéologies. Pas à partir de convictions personnelles.» (p. 17) Or, bien des propos du ministre sont généralement peu ou pas étayés sur des données probantes.

Le mythe du beau

Pour le ministre Proulx, les jeunes du Québec «ont le droit de fréquenter de belles écoles.» (p. 39) Nous pouvons tous en convenir, surtout quand on constate l’état actuel de plusieurs d’entre elles. «Nous bâtirons différemment et mesurerons les résultats qui s’ensuivront.» (p. 41) Mais de quels résultats parle-t-on? Mais pourquoi cette frénésie du beau, puisque le ministre reconnait lui-même quelques pages plus tard que «l’architecture seule n’a pas une incidence significative sur la réussite des élèves»? (p. 50)

Il ne s’agit pas de dénigrer cette volonté de bâtir ou d’aménager de belles écoles au Québec, mais simplement de souligner que cette initiative a moins d’impact sur la réussite scolaire que bien d’autres mesures dont l’efficacité a été largement reconnue. Investira-t-on encore dans les structures physiques sans s’intéresser à donner tout d’abord aux élèves l’accompagnement et les services dont ils ont besoin pour leur réussite?

Des exigences spécifiques à l’égard des enseignants

Pour le ministre Proulx, les enseignants ont un statut spécial. Ils font un peu plus que les autres employés de l’État en ce sens qu’ils «façonnent […] notre avenir.» (p. 31) Ce sont des «vocations qui tendent vers un but commun.» (p. 66) Ah! la fameuse vocation… que d’idées a-t-on lancées en ton nom!

C’est pour ces raisons que certaines exigences spécifiques doivent s’appliquer à ceux qui oeuvrent en éducation, notamment en ce qui a trait à la langue parlée et écrite, la compétence professionnelle ainsi que la formation des enseignants et leur accompagnement en début de carrière. (p. 31)  Pourtant, en quoi la qualité de la langue ou la compétence professionnelle serait-elle moins importante pour tout autre fonctionnaire? Ce dernier doit-il avoir moins la vocation pour son emploi? Accepterait-on des infirmières, des biologistes ou des procureurs moins compétents que devraient l’être les enseignants?

Voici concrètement comment se traduiraient quelques-unes de ces exigences.

Tout d’abord, les futurs enseignants devraient faire partie de l’«élite pour occuper l’emploi le plus important dans une société» (p. 65) et devraient avoir plus qu’un baccalauréat, soit une formation universitaire de deuxième cycle leur donnant également une solide culture générale. (p. 32) Le ministre sait-il que le bac en enseignement actuel est d’une durée de quatre ans comparativement à trois pour bien d’autres formations? Et, alors qu’on vit une pénurie quant au personnel enseignant, comment pourra-t-il convaincre de nouveaux venus de s’engager en éducation en maintenant les mêmes conditions salariales qui sont sous la moyenne canadienne tout en ayant des exigences plus élevées? C’est faire fi de la logique du marché de l’emploi.

De plus, le ministre croit que les enseignants devraient voir leur développement professionnel encadré afin de s’assurer annuellement d’un certain nombre de jours de formation continue. (p. 32) Encore ici, le ministre sait-il que le plan Courchesne de 2008, en ce qui a trait au français, prévoyait une mesure similaire qui n’a jamais été appliquée? Pourquoi avance-t-il cette idée alors que bien des directions d’école et des commissions scolaires veillent déjà à s’assurer de la formation continue de leur personnel, comme il le reconnait lui-même plus tard dans son texte?  (p. 46)

Enfin, en ce qui a trait à la valorisation de cette profession, le ministre croit inévitable le fait d’aborder les notions d’évaluation des enseignants et de la création d’un ordre professionnel pour ces derniers (p. 35), une idée qu’ils ont pourtant majoritairement rejetée et qui serait à la fois contre-nature de leur imposer. D’ailleurs, à plus d’une reprise, l’Office des professions du Québec n’a pas recommandé la création d’un ordre professionnel pour les enseignants, jugeant qu’aucun danger évident de préjudice envers le public n’a été démontré.

Ces exigences à l’égard des enseignants, son souhait de moins parler en termes de «Conseil du trésor» (p. 35) et de «relatons de travail» (p. 35), sa volonté d’accorder plus de pouvoirs aux directions des écoles québécoises (p. 54)  et d’augmenter le rôle du privé en éducation (p. 73), tout cela révèle que le ministre, bien que maintenant membre de la grande famille politique libérale, a peu renié les idées qu’on défendait à la défunte ADQ et aujourd’hui à la CAQ.

L’exercice auquel s’est livré le ministre Proulx est ardu et louable, mais je me demande quel était son véritable objectif. Cependant, loin d’être fataliste ou tenant du statu quo, il me laisse avec trop d’interrogations et de malaises. Cet ouvrage, enfin, néglige également d’aborder un élément important qu’on retrouve pourtant dans le titre de celui-ci : l’écriture. Que propose le ministre sur ce point? Comment peut-il accepter, entre autres, que l’examen d’écriture de cinquième secondaire en français de son ministère permette à un élève de le réussir tout en faisant une faute tous les 15 mots en ce qui a trait à l’orthographe d’usage et l’orthographe grammaticale?  Peut-être faudra-t-il attendre un prochain livre de M. Proulx pour le savoir.