20 juin 2016

Examen d’histoire : une annulation préoccupante (ajout)

À la lumière dont on dispose actuellement, la décision du MEES d'annuler la question à développement de l'examen d'histoire nationale de quatrième secondaire est injustifiée et constitue un dérapage préoccupant.

Pas de bris de confidentialité

Tout d'abord, corrigeons une perception erronée : il n'y aurait pas eu «bris de confidentialité» ou de «fuite» concernant cet examen, contrairement à ce qu'ont véhiculé de nombreux médias qu'on pourrait qualifier d'incompétents. Ainsi, aucune information directe provenant du MEES n’aurait été diffusée avant l’épreuve.

Ce qu'une étudiante a rapporté sur une vidéo qu’elle a mise en ligne, ce sont les propos d'un enseignant concernant le sujet de la question. Rien de plus. Cet enseignant a-t-il eu accès au contenu de la question ? Les faits tendent à démontrer que non. Il aurait simplement eu le malheur de viser juste et de voir son étudiante rapporter le tout en ligne.

D’ailleurs, il serait bon de mentionner que les enseignants n’ont habituellement pas accès aux copies des examens ministériels avant les épreuves. Celles-ci parviennent aux écoles dans des enveloppes scellées et ne doivent être ouvertes en classe devant les élèves qu’au moment de l’examen.

Une situation fréquente

Une telle situation est-elle unique ? Non. Chaque année voit la création de groupes de discussion ou d’échanges entre élèves sur Facebook, notamment, où des élèves discutent et se transmettent des informations quant à l’examen ministériel d’écriture de cinquième secondaire, par exemple.

Dans certains cas, en se basant sur le cahier de textes que les élèves doivent lire, le sujet est tellement prévisible qu’ils le devinent aisément, tout comme cela serait le cas avec la question à développement de l’examen d’histoire. Annule-t-on l’examen de français pour autant ? Non, parce qu’il n’y a pas eu bris de confidentialité tout comme dans la situation actuelle.

Une décision préoccupante pour l’avenir

Si d'aventure, l'année prochaine, lors de l'examen ministériel d'écriture, un élève écrivait sur les médias sociaux ce que son prof lui a suggéré de travailler comme angle de rédaction, va-t-on annuler l'examen à la grandeur du Québec? Il semblerait bien que oui si on se base sur les propos même d’un responsable au MEES : « Nous, à cause de ça, on considérait que les étudiants avaient trop d'information. [...] Elle a parlé de la question. L'étudiant qui commence un examen en sachant quelle est la question peut se préparer en conséquence. Nous, à ce moment-là, il y a bris de confidentialité.» Ouf!

On comprend alors que la décision du MEES constitue un dangereux précédent, surtout si on considère les milliers d’informations échangées chaque année sur Internet quant aux examens ministériels.

À la lumière de tous les faits dont on dispose actuellement, le ministre de l’Éducation, M. Sébastien Proulx, devrait davantage s’interroger sur la capacité de son propre ministère à bien gérer ce genre de situation qui ne pourra que se reproduire au cours des prochaines années.  

Dans un premier temps, nos décideurs et pédagogues ministériels semblent carrément ne pas quoi faire avec la réalité des médias sociaux. Eh oui: ils existent et les élèves s'en servent pour échanger une foule d'informations. Dans un deuxième temps, la précipitation avec laquelle le ministère a pris une décision dans le présent cas était questionnable. On annulait la question alors que des zones grises restaient encore en suspens.

Chose certaine, toute cette situation fait bien l'affaire des gens qui proposent des modes différents d'évaluation. Mais quand on leur demande par quoi ils remplaceraient les examens traditionnels, on est peu convaincus de leur alternative en matière d'évaluation.

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On apprenait le 5 juillet que le MEES a finalement décidé de donner tous les points reliés à la question à développement à tous les élèves du Québec: «« Cette décision a été prise dans un souci d'équité pour les élèves de cette cohorte et pour faire en sorte qu'aucun d'entre eux ne soit pénalisé par l'annulation de cette question. »

En aucun temps par contre, on a démontré qu'il y avait un véritable «bris de confidentialité». Ou l'on nage dans l'improvisation ou l'o nous cache des choses.








24 mai 2016

Égide Royer: la saveur du mois

Depuis des années, M. Égide Royer met de l'avant des idées en éducation qui méritent la peine de s'y attarder. Or, depuis quelque temps, cet universitaire est devenu la «saveur du mois» auprès de la CAQ et du PLQ. Or, là où cet homme erre complètement, c'est quand il voit le décrochage de façon «genrée».  Rétrospective de textes sur le sujet.

M. Royer radote





12 avril 2016

Cours d'économie au secondaire: un autre pétard mouillé

Le ministre de l'Éducation, M. Proulx, y est allé d'une grande annonce aujourd'hui. «On va avoir un cours à option, en secondaire 5, j'espère dès la prochaine rentrée scolaire où l’on va être capable de discuter d'économie», a-t-il affirmé, mardi, à l'occasion d'un point de presse à l'Assemblée nationale.

D'après cet article, les fonctionnaires du ministère prépareraient le contenu du futur cours dans l'optique qu'il soit offert lors de la rentrée scolaire de septembre 2016. 


Il faudrait que quelqu'un dise au ministre que les grilles-matières des écoles secondaires sont déjà approuvées et les choix de cours des élèves faits pour l'année scolaire 2016-2017...  De plus, sait-il que bien des écoles n'ont pas attendu le ministère puisque ce cours optionnel y est déjà offert depuis des années? Enfin, comme il s'agit d'un cours optionnel, chaque école peut décider du contenu de ce cours.

Ouf.

M. Proulx, ministre de l'Éducation, annonce le retour de l'économie dans les écoles secondaires sous forme d'un cours optionnel. «On va avoir un cours à option, en secondaire 5, j'espère dès la prochaine rentrée scolaire où l’o

27 janvier 2016

15 minutes quotidiennes de lecture à l’école : une autre fausse bonne idée?

On apprenait récemment que le ministre de l’Éducation, François Blais, aurait l’intention d’imposer dès septembre 2017 à l’ensemble des écoles primaires et secondaires de toute la province une période quotidienne de 15 minutes de lecture afin de corriger les faiblesses en littéracie des jeunes Québécois.

Tous s’entendront pour reconnaitre que la lecture est un outil important dans la formation d’un élève et qu’elle développe – tant à l’oral qu’à l’écrit - la syntaxe et le vocabulaire. Mais, comme enseignant de français depuis 22 ans, on me permettra de douter de l’efficacité de cette solution unique à un problème complexe. Il s’agit davantage, selon moi, d’une autre décision politique que d’une initiative pédagogique valable.

Une solution efficace?

Tout d’abord, sur quelles études le ministre se base-t-il pour croire qu’une simple période quotidienne  de lecture de 15 minutes sera une véritable panacée? A-t-on remarqué, dans les nombreuses écoles québécoises où une telle idée est déjà appliquée, une amélioration notable des résultats en lecture des jeunes élèves comparativement à celles qui ne le font pas? On n’en sait absolument rien mais on se prépare tout de même à consacrer une portion importante du temps d’enseignement en classe à une mesure non validée.  On semble – une fois de plus - nager dans l’improvisation en matière scolaire. Comment oublier que le prédécesseur de M. Blais a osé déclaré, il y a un peu plus d'un an, que personne ne mourrait de manquer de livres à l’école alors que, maintenant, on parle d’instaurer une période obligatoire quotidienne de 15 minutes de lecture?

Par ailleurs, on semble ignorer au ministère de l'Éducation que l’actuel programme de français comprend déjà un volet lecture. Par son intervention, le ministre donne à penser que ce programme est tout simplement inefficace ou encore que tous les enseignants sont incompétents dans leur façon de l’enseigner. Or, la façon la plus efficace d’améliorer les capacités en lecture de nos jeunes - et tous les spécialistes s’accordent à le dire - passe par davantage de ressources et un meilleur enseignement de la lecture dès les premières années du primaire que de bêtement «lire pour lire» 15 minutes par jour.

Une solution unique?

En voulant instaurer une période quotidienne de lecture obligatoire, le ministre Blais répète également un modèle d’intervention trop souvent employé en éducation, un modèle qui nie l’autonomie professionnelle des enseignants et qui ne tient pas compte des particularités de leurs élèves et des milieux différents où ils évoluent. En éducation, de telles façons d’intervenir – surtout quand elle ne sont pas validées par des études sérieuses – n’ont jamais été un gage de succès

Comme enseignant, je ne crois pas approprié qu’on me dicte le contenu que je dois aborder chaque jour en classe. De plus, j’enseigne à des élèves généralement doués et inscrits à un programme international. Ma planification et mon enseignement permettent à ces élèves de bien réussir en lecture. Pourquoi venir changer ce qui fonctionne déjà dans ce cas? Pourquoi une solution unique à des élèves québécois différents d’une école à l’autre quand ce n’est pas d’une classe à l’autre? Pourquoi aussi une solution unique qui nie le rythme normal de lecture des jeunes qui m’ont confié être parfois fâchés qu’on découpe en séquences aussi courtes la lecture d’une œuvre qu’ils aiment?  

De plus, non seulement chaque milieu est différent, mais les ressources consacrées à l’achat de livres ont grandement varié selon les commissions scolaires au cours des dernières années. Le ministre est-il conscient qu’il devra trouver des moyens aux ambitions qu’il entend confier aussi généreusement aux écoles? Sait-il aussi que cette mesure sera bien plus difficile à appliquer au secondaire qu’au primaire, comme c’est à peu près toujours le cas quand on parle d’interventions de ce genre dans nos écoles?

Tout comme bien des collègues, je préfère concentrer mes efforts à l’enseignement explicite de la lecture mais aussi de la grammaire. À quoi sert-il d’imposer uniformément une période quotidienne obligatoire de lecture à des élèves qui peinent parfois à trouver le sujet dans une phrase? À quoi leur sert-il de lire des textes dont ils ne comprennent même pas le sens premier? La simple lecture peut s’effectuer aisément à la maison sous la supervision des parents ou de façon autonome. 




08 décembre 2015

Conseil scolaire: un faux partenariat?

Le sympathique ministre de l'Éducation François Blais a enfin accouché du projet de loi 86 sur les commissions scolaires. Bien des choses ont été dites à ce sujet, mais je veux revenir sur une chronique de Camil Bouchard à ce propos. 

Ce dernier écrit: «La composition des conseils scolaires témoigne par ailleurs clairement de la volonté du gouvernement de donner une place plus importante aux parents, au personnel des écoles (enseignants et directeurs) et à la communauté locale.» On me permettra de m'inscrire en faux quant à cette affirmation en ce qui a trait au personnel des écoles.

Voici ce que dit l'article 143 du projet de loi 86 en ce qui a trait à la composition de ces nouveaux conseils scolaires:

143 -Une commission scolaire est administrée par un conseil scolaire composé des 16 membres suivants :
1° cinq parents d’élèves fréquentant un établissement d’enseignement de la commission scolaire élus par le comité de parents conformément à l’un des articles 153.6 ou 153.7 et qui ont été membres au moins un an d’un conseil d’établissement, d’un comité ou d’un conseil d’une commission scolaire;
2° un parent d’un élève handicapé ou d’un élève en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage fréquentant un établissement d’enseignement de la commission scolaire, élu par le comité de parents conformément à l’article 153.6;
3° quatre personnes de la communauté, élues conformément aux articles 153.6, 153.7 ou 153.8 à 153.12, selon le cas;
4° deux personnes de la communauté élues conformément à l’article 153.6 ou aux articles 153.8 à 153.12, selon le cas, et qui sont domiciliées sur le territoire de la commission scolaire;
5° un enseignant et un professionnel non enseignant de la commission scolaire élus respectivement par leurs pairs conformément à l’article 153.13;
6° deux directeurs d’établissement d’enseignement de la commission scolaire élus par leurs pairs conformément à l’article 153.13. 

Concernant les parents, prenons le cas de  la Commission scolaire de la Beauce-Etchemin (CSBE). Selon son président, Henri Lecours, «Dans un nouveau conseil, il va y avoir six parents sur 16. Actuellement, il y a 15 élus et quatre parents, mais sept commissaires sont aussi des parents, ce qui en fait 11. Les parents ne sont pas gagnants.»

Concernant les enseignants, pourquoi le chroniqueur emploie-t-il le pluriel quand le projet de loi 86 ne prévoit qu'un seul enseignant? Un seul. Oui, on leur donne une place plus importante puisqu'ils n'étaient pas représenté auparavant. Mais un siège sur 16...

Par ailleurs, il est impossible de ne pas remarquer à quelle point cette composition est complètement différente de celle des conseils d'établissement des écoles.

  1. au moins quatre parents d'élèves fréquentant l'école et qui ne sont pas membres du personnel de l'école, élus par leurs pairs;
  2. au moins quatre membres du personnel de l'école, dont au moins deux enseignants et, si les personnes concernées en décident ainsi, au moins un membre du personnel professionnel non enseignant et au moins un membre du personnel de soutien, élus par leurs pairs; 
  3. dans le cas d'une école [primaire] où des services de garde sont organisés pour les élèves de l'éducation préscolaire et de l'enseignement primaire, un membre du personnel affecté à ces services, élu par ses pairs;
  4. deux représentants de la communauté et qui ne sont pas membres du personnel de l'école, nommés par les membres visés aux paragraphes 1° à 4°
  5. Dans le cas d'une école [secondaire] qui dispense l'enseignement secondaire du second cycle, deux élèves de ce cycle élus par les élèves de l'école inscrits au secondaire ou, selon le cas, nommés par le comité des élèves ou l'association qui les représente.

Les écarts sont assez considérables, comme on peut le constater. On peut alors se poser la question: pourquoi autant de différences entre ces deux instances décisionnelles?

Par rapport aux parents, il m'apparait évident qu'il serait préférable qu'on retrouve des parents pour représenter les différents milieux; primaire, secondaire, adaptation scolaire, secteurs des adultes. 

Par rapport aux enseignants il m'apparait également évident qu'il serait préférable qu'on retrouve des enseignants pour représenter les différents milieux; primaire, secondaire, adaptation scolaire, secteurs des adultes. 

Par rapport au personnel des écoles, il m'apparait évident qu'il serait préférable qu'on retrouve deux employés, un plus général et un autre relié à un service de garde.

Par rapport au direction des écoles, il m'apparait évident qu'il serait préférable qu'on retrouve des directeurs pour représenter les différents milieux; primaire, secondaire, adaptation scolaire, secteurs des adultes. 

Quant aux membres de la communauté,  quant à moi, ils sont sur-représentés et leur nombre devrait être moindre. Quand on retrouve six fois plus de membres de la communauté que d'enseignants sur un conseil, on comprend que ces derniers comptent pour des prunes. 

Comme on peut le constater, il est faux cependant de déclarer, comme l'a fait M. Bouchard et d'autres chroniqueurs, que le personnel des écoles est gagnant dans ce changement. Ils seront, comme toujours, d'éternels figurants.

Un dernier mot sur l'article 197.1 créant un comité de répartition des ressources. 

«197.1. La commission scolaire doit instituer, sous la direction du directeur général, un comité de répartition des ressources formé en majorité de directeurs d’école et de centre choisis par leurs pairs. Le responsable des services éducatifs aux élèves handicapés et aux élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage nommé en vertu de l’article 265 doit également être membre de ce comité. [...]


Le comité doit mettre en place un processus de concertation en vue d’établir les objectifs et les principes de la répartition annuelle des revenus conformément à l’article 275, de déterminer cette répartition conformément à l’article 275.1 et de déterminer la répartition des services éducatifs complémentaires conformément à l’article 261. 

Qu'on me permette cette remarque: les écoles primaires, de plus petite taille, sont plus nombreuses que les écoles secondaires et auront donc un avantage important quand viendra le temps de former ce comité. Le projet de loi 86 devrait en tenir compte.






23 novembre 2015

Les contes du comptable

J'aime bien les comptables mais encore faut-il être rigoureux. Infoman nous en présentait un le 19 novembre dernier dont l'argumentaire est assez contestable.

Premier raisonnement: «On paie nos augmentations en faisant la grève.» Faux. 

- Comme enseignant, chaque jour de grève revient à 0,5% de notre salaire annuel. Or, on parle ici d'un contrat de travail d'une durée entre 3 ou 5 ans, selon ce qui sera retenu. Si les enseignants font des gains par rapport à l’offre actuelle du gouvernement, c'est vrai qu'il faut soustraire le cout de cette perte de salaire à cause de la grève d’une éventuelle hausse pour l’ensemble de la durée du contrat de travail. Néanmoins, il demeure que, si le gouvernement offrait 1-0-1-1-1 au lieu de 0-0-1-1-1 (un gain de 1% la première année), il aurait fallu que je fasse 10 jours de grève pour ne pas rentrer dans mon argent en cinq ans. 10 jours.
- À supposer que les prochains contrats de travail ne voient pas notre salaire réduit (…), il faut aussi comprendre qu’une éventuelle hausse salariale dans le prochain contrat de travail est cumulative selon le nombre d’années qui vous ferez avant la retraite.
- Il faut également comprendre que toute éventuelle hausse salariale entre en ligne quand vient le temps de calculer votre retraite. Pour certains, elle est loin. Pour d’autres, elle est plus proche… Mais il faut comprendre qu’actuellement, si les jeunes enseignants bénéficient d’une augmentation de leur salaire à cause de leur progression dans l’échelle d’ancienneté, les plus âgés voient le montant de leur retraite réduit depuis des années avec la non-indexation des salaires par rapport au cout de la vie. De plus, les demandes patronales actuelles constituent déjà un recul en matière de retraite.

Deuxième raisonnement : «Toute résistance est inutile.»
- «À quoi sert-il de faire la grève?», semble suggérer fortement ce comptable. Il faut savoir que ce n’est pas la première fois qu’il tient ce discours. De mémoire, il a déjà affirmé par le passé aussi avoir d’excellentes conditions de travail. Or, que suggère-t-il d’autre? D’après mes recherches : rien. Ça ressemble pas mal à Mme Marie-Claude Tardif dont on attend toujours le super moyen de pression…

Un oubli de taille : la négociation de bonne foi.
Un comptable, ce n’est pas un avocat. Or, celui-ci semble ignorer que le droit du travail a évolué depuis les dernières négociations. Le gouvernement ne pourrait plus imposer une loi spéciale comme bon lui semble. Selon plusieurs avocats spécialisés, certaines dispositions évoquées ou utilisées les années antérieures seraient maintenant tout bonnement illégales.

 Chaque partie est maintenant tenue de négocier de bonne foi, ce qui complique aussi la donne pour la partie syndicale qui ne peut partir en grève générale illimitée comme ça. On nage dans un tout nouveau contexte. Rien n’est clair comme autrefois. Il faut donc pousser le gouvernement à bout et espérer que M. Coiteux fera de belles gaffes. Déjà, il en a posé quelques-unes de savoureuses...

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On trouvera une réponse de M. McSween à ce billet.

11 novembre 2015

J’ai honte d’être enseignant

Depuis 22 ans que je pratiquais ce métier avec enthousiasme. Mais voilà qu’aujourd’hui, j’ai honte d’être enseignant. Il m’a suffi de lire et d’entendre ce que tout et chacun dit de mes collègues et de moi pour que je réalise ma bêtise d’avoir ce choix dans ma vie. Ainsi, nous sommes des privilégiés, des BS de luxe, des profiteurs du système…  Autant de reproches de la part de ceux qui veulent me faire sentir coupable du salaire que je reçois et des conditions de travail qu’on m’a offertes.

Je ne comprends plus.

Où sont-ils tous ces gens que j’ai rencontrés dans ma vie et qui me disaient que j’étais courageux d’enseigner auprès des jeunes du secondaire, qu’ils ne le feraient pas pour tout l’or du monde? Où sont-ils tous ces parents qui me confiaient sans aucune inquiétude ce qu’ils avaient de plus précieux au monde : leurs enfants? Où sont-ils tous ces élèves aujourd’hui devenus adultes et que j’ai aidés sans compter parce que j’estimais qu’il méritait le meilleur de ce que je pouvais leur apporter? Leurs voix sont noyées sous le flot des propos haineux des agitateurs radiophoniques et des vendeurs d’opinion qui ne vivent que de la médisance qu’ils nourrissent à l’aide de leur micro ou de leur plume chaque jour.

Où est-il également ce premier ministre du Québec qui déclarait pas plus tard qu’en mars 2014 à quel point il était fier des professeurs québécois? Où est-il ce ministre de l’Éducation qui laisse calomnier depuis des semaines ses propres enseignants mais qui s’est dépêché de consoler ses hauts fonctionnaires écorchés le temps d’un discours qu’il avait prononcé?  Comment peuvent-ils ne pas être gênés de leur silence et de leur inaction? Où sont leurs véritables valeurs dans ce tumulte où l’on met à mal ceux à qui l’on demande d’aider à bâtir – dans nos écoles - le Québec de demain?

Plus j’y pense et plus je crois que j’aurais dû être un banquier devenu président du Conseil du trésor qui, un peu comme un personnage de Saint-Exupéry, se réjouit de compter l’argent qu’il croit économiser. Comme bien de ses supporteurs, il semble convaincu que l’éducation ne crée pas de richesse alors qu’elle forme des sociétés productives où des individus inventent de nouvelles façons de vivre et de s’enrichir. Plus intéressant encore, j’aurais dû être un de ces ministres de l’Éducation – les Marois, Legault, Fournier, Bolduc - ou un haut fonctionnaire qui n’a fait que nuire à mon travail à force d’incompétence et d’improvisation et à qui on offre des primes de départ ou une retraite dorée sans jamais demander des comptes au nom des enfants dont ils ont brisé l’avenir.
 

Non, j’ai choisi d’être enseignant. Et aujourd’hui, j’ai honte de faire ce métier. La haine et l’envie de certains ont tué cette passion.